La place des femmes dans l’économie sociale et solidaire

 Retour sur le colloque de Marseille, 9 et 10 novembre 2012

 

Dans le cadre des activités du «  Mois de l’Économie Sociale et Solidaire en PACA », la coopérative « Sol à Sol » et l’Association des Femmes Noires et Métisses « FEMMAFI » ont organisé à la Maison de la Région à Marseille, du 9 au 10 novembre 2012 et en lien avec l’APEAS, un colloque sur « La place des femmes dans l’économie sociale et solidaire ». L’ambition de ces deux journées de rencontre et de débats autour du thème du colloque était de mettre en lumière la présence des femmes dans l’ESS, de voir le chemin parcouru et de s’interroger sur les progrès qui restent à faire pour une égalité professionnelle dans ce secteur de l’économie.

 L’économie sociale et solidaire regroupe coopératives, mutuelles, associations et fondations, entreprises qui ont en commun quelques grands principes fondateurs comme la gestion démocratique qui attribue une voix à chaque personne et non pas à chaque action, la mixité des ressources, la recherche d’un projet collectif ou l’utilité sociale et le refus d’une appropriation individuelle des excédents financiers.

Un vivier d’emplois et une contribution importante à l’économie

La sphère de l’économie sociale et solidaire, longtemps restée en dehors des préoccupations traditionnelles des économistes, connaît aujourd’hui un regain d’intérêt pour une double raison. D’abord l’ESS est un vivier d’emplois : les organisations et entreprises de l’ESS comptent en France plus de 222 900 établissements employeurs et 2,34 millions de salariés, ce qui représente 10,3% de l’emploi en France et 14% de l’emploi privé [1]. En outre, au-delà de son poids en termes d’effectifs salariés, cette composante de l’économie fait partie de la vie de millions de citoyens dans la mesure où elle occupe une place de choix dans les secteurs essentiels et à titre d’exemple : 68 % des services d’aide au domicile aux personnes dépendantes sont portés par des entreprises de l’ESS, 60 % des dépôts bancaires se font dans les banques de l’économie sociale et solidaire et 38 millions de Français sont protégés par les mutuelles de santé.

 

Les femmes au premier rang

 

L’Économie Sociale et Solidaire est un milieu très féminin : 67% des salariés sont des femmes bien plus que dans le secteur public (60%) ou le reste de l’économie privée (40%) [2]. La présence majoritaire des femmes dans l’ESS s’explique par de nombreux facteurs, notamment :

  • le positionnement de l’ESS sur des secteurs d’activité traditionnellement féminisés (enseignement, action sociale, santé, finances, auxiliaires de vie etc).
  • les postes d’employés administratifs, les plus nombreux, sont traditionnellement occupés par des femmes et l’ESS fonctionne sur le même modèle que les autres entreprises sur ce point ;
  • l’importance du travail à temps partiel, lequel permet aux femmes, lorsque cette forme est choisie, de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle.

 

Toutefois, il convient donc de s’interroger sur l’incidence réelle de l’emploi majoritairement féminin relativement aux enjeux de genre que sont l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, l’ « empowerment » des femmes, la parité femmes-hommes aux postes d’encadrement et dans les organes de gestion et plus généralement l’égalité femmes-hommes. En effet, à la suite des interventions et des débats sur la place des femmes dans l’économie sociale et solidaire, il a été souligné que, même si « les inégalités salariales sont moins fortes dans l’ESS que dans le reste de l’économie, les écarts de rémunération entre hommes et femmes à poste et conditions d’emploi équivalents étant plus faibles dans l’ESS (8%) que dans le reste du privé (13%) » [3], les préoccupations liées à l’égalité professionnelle et aux conditions de travail entre les femmes et les hommes dans les entreprises de l’ESS se posent dans les mêmes termes que dans une économie dite « classique ». Parlant des« services de proximité  » (les services à la personne), secteur présentant une importance considérable pour les femmes où elles sont majoritaires à 99%, Annie Dussuet affirme qu’ils suscitent un « gettho d’emplois féminins auxquels les règles communes ne seraient pas applicables » [4]. Pour sa part, Madame Madeleine Hersent, Directrice de l’Association pour le Développement Économique Local (ADEL) et intervenante, a décrié une réalité peu favorable aux femmes sur les postes de décision, notamment les conseils d’administration et bureaux des institutions de l’ESS, au mépris de l’obligation légale de la parité. Ainsi, au sein du secteur associatif, seulement 31% des mandats de président sont occupés par des femmes alors que le salariat de ces mêmes associations est à plus de 70 % féminin.

 

La prise en compte du genre dans l’ESS

 

Pour affirmer sa spécificité en termes de transformation sociale et de développement humain durable, l’ESS devrait prendre en compte la dimension genre, toutes choses qui passent par la mise en œuvre d’un ensemble de mesures et actions notamment pour :

  • garantir l’égalité professionnelle, en faisant reculer la précarité du travail des femmes et leur absence de valorisation, notamment dans les secteurs où l’ESS est prédominante les services à la personne ;
  • garantir l’égalité d’accès aux postes d’encadrement et à des mandats de responsabilité dans les entreprises de l’ESS.

 

 Le contexte politique actuel paraît objectivement plus favorable à cet effet avec :

  • au plan institutionnel : la création d’un Ministère des Droits des Femmes et d’un Ministère Délégué auprès du ministre de l’Économie, des Finances et du Commerce Extérieur, chargé de l’Économie sociale et Solidaire ;
  • au plan règlementaire : la signature par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, de la Circulaire du 23 août 2012 relative à la prise en compte dans la préparation des textes législatifs et règlementaires de leur impact en termes d’égalité entre les femmes et les hommes ;
  • au plan politique : les « 40 Engagements » du Président Hollande en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes.

 

Rédigé par Dieudonné Ambassa Zang, Bénévole à ADEPES, Consultant Indépendant en Genre

Avec l’appui de Josette Combes, Administratrice ADEPES, membre du RIUESS (Réseau Interuniversitaire Economie Sociale et Solidaire) et du RIPESS Europe

 

 

[1], [2] et [3] Observatoire National de l’ESS-CNCRES, « Panorama National de l’ESS en France et dans les Régions, édition 2012 »

[4] « Annie Dussuet, « Le genre de l’emploi de proximité », Lien Social et Politiques n°47, 2002, p143-154

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