L’économie sociale s’organise en pôles territoriaux

Développement local Publié le mercredi 27 juin 2012

Les pôles territoriaux de coopération économique sont en train d’essaimer. Déjà 18 pôles-témoins sont actifs ou sur le point de l’être. Une première rencontre organisée le 25 juin 2012 a été l’occasion de mettre en avant les atouts de ces structures et le rôle particulier que peuvent jouer les collectivités territoriales dans leur développement.

Les pôles territoriaux de coopération économique (PTCE) devraient rentrer dans une nouvelle phase. C’est ce qui ressort de la première rencontre nationale de ces pôles, organisée le 25 juin 2012 à Paris par le Laboratoire de l’économie sociale et solidaire. "Avec le groupe d’initiative nationale, on va d’espoir en espoir", signale ainsi François Bernard, du Mouvement pour l’économie solidaire. La création d’un ministère délégué à l’Economie sociale et solidaire (ESS) est déjà un signe positif. Benoît Hamon, présent lors de la rencontre, a estimé que les PTCE étaient "complémentaires" avec les pôles de compétitivité. Les propositions sont sur la table. Elles ont été présentées au ministre en mai 2012. L’appel à projets lancé par les réseaux de l’ESS en octobre 2011 pour valoriser et développer les PTCE est un succès. Alors qu’on attendait seulement une vingtaine de dossiers, près de 150 réponses ont été reçues en un mois. Des projets comprenant plusieurs pôles à valoriser, des projets de coopération, des manifestations d’intérêt émanant de particuliers, de réseaux d’acteurs, de collectivités locales. Dix-huit pôles-témoins ont été sélectionnés. Ces pôles, opérationnels ou en passe de l’être, doivent permettre de lancer une dynamique nationale.
L’idée des PTCE est de regrouper sur un territoire donné des initiatives d’entreprises et de réseaux de l’ESS, associés à des PME responsables, à des centres de recherche, des organismes de formation et des collectivités locales, pour mettre en œuvre des coopérations et des mutualisations au service de projets du domaine de l’ESS. Parmi les plus avancés figure le Pôle Sud-Rhône-Alpes, créé en 2007. Il regroupe sur un même lieu un ensemble d’acteurs de l’ESS de la Drôme : le groupe Archer, le Coorace régional, la chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (Cress) Rhône-Alpes décentralisée, l’Adie, etc. Il favorise les échanges, la mutualisation des services et le développement de nouvelles activités avec des partenaires extérieurs.

"Il faut passer au très concret"

Autres exemples : Iniatives et cité, en région Nord-Pas-de-Calais, un cluster d’entreprises solidaires qui propose une gamme complète de services en direction des acteurs locaux (association, collectivités, élus, habitants, chefs d’entreprise…) ou le pôle de coopération de l’ESS constitué grâce à la commune de Ramonvillle-Saint-Agne et à la communauté d’agglomération du Sicoval (sud-est toulousain) pour faciliter l’installation d’entreprises solidaires. "Les pôles peuvent être au cœur de plusieurs politiques publiques : l’économie, et notamment la diversification économique, les questions de développement durable, d’innovation sociale, d’emploi et de lutte contre l’exclusion, et tout ce qui relève du bien commun comme les services publics car les collectivités ne peuvent pas tout faire. Elles peuvent trouver là des acteurs pour les accompagner en vue de générer des services aux populations, a expliqué Henri Arevalo, vice-président du Sicoval, lors de la rencontre. Il y a des tas de raisons pour dire qu’une démarche de PTCE permet d’enrichir le territoire."
Si, jusqu’à maintenant, la mise en réseau des acteurs faisait avancer la constitution des PTCE, elle ne suffit plus. "Il faut passer au très concret", insiste François Bernard. Et dans le très concret, il y a le financement car l’appel à projets est uniquement financé par le privé. "Il faut que l’Etat et les collectivités locales disent quel accompagnement financier ils sont prêts à accorder, détaille François Bernard. A l’heure actuelle, on est financé par une fondation privée mais on arrive à la limite du genre. Certaines régions ont inscrit l’action dans leur schéma régional de développement économique mais il faut que cela se généralise et voir aussi comment cela se met en place dans le collectif budgétaire. Si on nous donnait 20% de ce qu’on donne aux pôles de compétitivité, on serait les plus heureux."

Un nouvel appel à projets

Autre paramètre à faire évoluer : le rôle et l’implication des collectivités locales. "Au départ, les collectivités étaient très présentes pour faire travailler ensemble les personnes. Elles sont ensuite passées à un rôle plus distant, accompagnant de loin les pôles, a expliqué Henri Arevalo. Aujourd’hui, nous sommes dans une nouvelle phase dans laquelle les collectivités doivent reprendre un peu de place pour tirer vers le haut la démarche." Un rôle de pilote, au moins ponctuel, puisque dans le secteur, il est souvent difficile de trouver un leader naturel. "Elles peuvent jouer ce rôle mais pas forcément de manière permanente, seulement quand il faut franchir le gué ou passer à une étape supplémentaire comme maintenant", a détaillé le vice-président du Sicoval. Mais il n’est pas toujours aisé pour les collectivités locales de s’investir dans ce domaine. Sur les 150 projets reçus dans le cadre de l’appel à candidatures, une dizaine d’entre eux sont portés par des collectivités locales mais seules. "Elles ont encore du mal à accepter l’idée de financer des structures sans avoir forcément tous les pouvoirs politiques, explique François Bernard. C’est difficile pour elles de les céder." Se pose donc la question de la gouvernance de ces pôles. Dans le cas de Pôle Sud-Rhône-Alpes, l’organisation est informelle mais dirigée par le groupe Archer, qui est à l’initiative du pôle. Le conseil régional finance directement le groupe qui doit redistribuer l’argent au collectif. "C’est plus facile d’avancer quand on construit une masse critique plutôt que de financer une épicerie solidaire par-ci et un autre projet par-là, a expliqué Cyril Kretzschmar, conseiller régional de Rhône-Alpes. Il est difficile d’agir quand les acteurs sont trop morcelés, il faut que l’ESS s’organise pour qu’on puisse agir en tant que collectivité." D’où l’intérêt encore une fois de ces PTCE. Les acteurs du domaine ont d’ailleurs commencé à travailler sur un référentiel PTCE, permettant de mettre en avant les caractéristiques communes de ces pôles, leur gouvernance, leur modèle économique. Et face au succès du premier appel à projets, le groupe d’initiative nationale devrait prochainement en lancer un autre. "Quelle que soit la forme que prendront les PTCE, notre objectif sera à partir de l’expérimentation, de voir de quelle façon on peut proposer un changement d’échelle pour ces pôles, pour passer de la phase d’expérimentation à la phase de développement", a déclaré Benoït Hamon.

Emilie Zapalski

Le baromètre de l’entrepreneuriat social : trois territoires en tête
Lille, Toulouse et Marseille-Aix-en-Provence sont les territoires qui arrivent en tête en matière de qualité des politiques publiques en faveur de l’entrepreneuriat social, d’après le baromètre de l’entrepreneuriat social des territoires, conduit par CMN Partners avec un comité scientifique composé d’experts du secteur. Lille est ainsi l’aire urbaine où la satisfaction des politiques d’achat des acteurs privés et publics est la plus reconnue par les entrepreneurs sociaux. Toulouse est le territoire où les ambitions pour l’avenir des politiques des villes en faveur de l’entrepreneuriat social semblent les plus reconnues. La ville arrive aussi en tête du classement pour les dispositifs d’animation territoriale, de formation et les outils dédiés aux entreprises sociales. Marseille-Aix-en-Provence, enfin, se positionne dans le trio de tête grâce aux financements et aux subventions, aux dispositifs administratifs et à l’environnement entrepreneurial.
E.Z.

 

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