De nouvelles alliances pour réduire la pauvreté In Le Monde Economie

02 mai 2011.

Primé dans plusieurs festivals de courts métrages en 2010 et 2011, Je pourrais être votre grand-mère, de Bernard Tanguy, reflète bien la division intérieure que peuvent ressentir nombre d’acteurs de l’économie.

Le film, inspiré de faits réels, raconte l’histoire d’un avocat d’affaires parisien, Joël Catherin, tourmenté par le montage juridique d’opérations de délocalisation et de défiscalisation.

Le héros se laisse émouvoir par la situation des sans-domiciles fixes pour lesquels il écrit des pancartes afin d’accroître le produit de leur quête, le titre du film reprenant celle rédigée pour une vieille dame roumaine dormant sur le trottoir en bas de chez lui.

Son engagement lui vaut d’abord les sarcasmes et les critiques acerbes de son entourage et de ses supérieurs... qui finissent par profiter de son initiative pour améliorer l’image du cabinet !

MARKETING ?

Cette parabole contemporaine expose bien les enjeux auxquels sont exposés les entreprises et leurs salariés. Peuvent-ils faire alliance avec le secteur solidaire et social, voire public, ou bien leurs logiques sont-elles inconciliables ? Quant à la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE), aujourd’hui mise en avant, ne serait-elle pas, pour la plupart, qu’un pur artifice de marketing ?

C’est la question que pose le forum Convergences 2015, qui se tient en partenariat avec Le Monde, du 3 au 5 mai à l’Hôtel de Ville de Paris. Il réunit des acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS), du "social business", de la microfinance, mais aussi du commerce équitable et du développement durable, pour débattre des moyens d’oeuvrer ensemble à la réduction de la pauvreté dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement.

Ces objectifs, fixés par les Nations unies, visent à réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de la population dont le revenu est inférieur à un dollar par jour.

MOINS DE 1,25 DOLLAR PAR JOUR

"Le nombre d’individus qui disposent de moins de 1,25 dollar par jour est passé entre 1990 et 2005 de 1,8 à 1,4 milliard", rappelle Muhammad Yunus, le père du social business, dans son dernier ouvrage (Pour une économie plus humaine, JC Lattès).

Malgré les améliorations enregistrées de 1990 à 2005, un quart de la population mondiale reste dans un état d’extrême vulnérabilité. De plus, "la crise économique mondiale a entraîné un ralentissement des progrès", estime l’ONU dans son dernier état des lieux des Objectifs du millénaire.

Pour lutter contre le chômage et contre l’exclusion, des initiatives se sont multipliées au cours des dernières décennies. Elles ont longtemps été, majoritairement, le fait des associations, des coopératives, des mutuelles et des fondations.

Depuis les années 1990 en Europe, et depuis les années 2000 en France, des innovations sociales ont fait tache d’huile, comme l’entrepreneuriat social. Des chaires d’entrepreneuriat social ont été créées dans les grandes écoles de commerce : en 2003 à l’Essec, en 2008 à HEC. Le Mouvement des entrepreneurs sociaux a été lancé en février 2010.

L’entrepreneuriat social s’inscrit dans une double dynamique. D’abord être un laboratoire de nouveaux modèles économiques qui, bien qu’inspirés de l’entreprise, ne visent pas le profit mais des objectifs sociaux ou environnementaux.

Ensuite, s’associer avec le secteur privé traditionnel, les mouvements associatifs ou les organisations non gouvernementales (ONG), comme par exemple International Development Entreprises India (IDEI), qui soutient la micro-irrigation en Inde.

Ces dernières années, "un double mouvement de convergence s’est dessiné, d’une part, entre les formes d’initiatives - associatives ou entrepreneuriales - à finalité sociale et non lucrative, et, d’autre part, entre les projets de différentes natures - environnementaux, de justice sociale et d’innovation sociale", se félicite Claude Alphandéry, président du "Labo de l’économie sociale et solidaire", dont les travaux ont abouti à la rédaction de "50 propositions pour changer de cap" et au lancement, en octobre 2010, des premiers états généraux de l’ESS.

"NOUVELLES PRIORITÉS"

L’économie sociale et solidaire s’est aussi dotée, en 2010, de moyens supplémentaires pour améliorer sa visibilité auprès du grand public et des financeurs : la proposition d’un label pour identifier ses initiatives aux yeux du plus grand nombre, et un accès à l’ex-grand emprunt, devenu "programme d’investissement d’avenir".

Le groupe SOS, composé de 4 000 salariés travaillant dans des associations et des entreprises investies dans des activités d’insertion, de santé et de développement durable, a ainsi obtenu 4 millions d’euros sur sept ans.

"Cela nous a permis d’accélérer le processus de création d’établissements d’hébergement pour personnes âgées et de crèches. Nos nouvelles priorités en termes de métier sont la santé et la dépendance", explique Jean-Marc Borello, président du directoire du groupe.

"Une transformation de la société est amorcée", estime M. Alphandéry, sous forme de démocratisation de l’économie. Des activités comme l’aide à l’insertion, à la famille, à la santé, jusqu’alors jugées réparatrices, sont aussi devenues des initiatives transformatrices, jugées sources de richesse.

L’Usine, une entreprise d’insertion du groupe SOS qui fête cette année ses dix ans de "réussite sociale", a vu ainsi son chiffre d’affaires passer de 92 000 euros en 2001, à 6,9 millions d’euros en 2010, et le taux de sortie vers l’emploi durable de ses salariés en insertion est passé de 28,6 % à 41,3 % sur la même période. Les bénéfices de l’entreprise sont ainsi réinvestis dans le développement de l’activité.

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